Pierre Hamelryckx publie ce sonnet dans Haro!, une revue littéraire et

sociale belge, le 20 septembre 1919.  Dans ce poème Hamelryckx reprend

un thème très répandu dans la poésie pacifiste française: le pouvoir qu'a un seul

témoignage de la vie de racheter un monde de mort.

 

 

Le Semeur

 

 

D'un bout de l'horizon à l'autre de la plaine

des travailleurs oisifs se remuent par centaines,

chacun d'eux s'efforçant de tuer son prochain,

vils instruments d'une patrie et de la haine.

 

O gueux portant besace, à quelle oeuvre de chiens

les maîtres de ce monde emploient votre énergie!

Honte et misère à vous! voici l'homme de bien:

un semeur, entre deux de vos tranchées, obvie

 

à vos maux, à la mort. Sous la poudre, le fer,

son geste emplit l'espace et distribue la vie,

grains que d'une main large il éparpille en l'air.

 

Et cet humble est si grand sur l'or du crépuscule

qu'on ne voit plus les criminels mais ce poing clair

qui se détend par-dessus les hameaux qui brûlent.

 

 

Nieuport 1915