Pendant la période des hostilités, André Germain (dit Loïs Cendré 1882-

1971) publie plusieurs volumes d'essais et de poésie personnelle d'un style

parfois hermétique. Il collabore fréquemment aux Cahiers idéalistes français et

sous un deuxième pseudonyme, Jean Lunaire, aux Tablettes. Issu d'une famille

fortunée, Germain fait souvent don de grandes sommes d'argent pour

subventionner l'édition des ouvrages pacifistes, parmi lesquels Danse des morts

de Jouve.

 

 

Prières

 

 

I

 

Un blasphème étreint l'Univers, les lys de la Jeunesse sont

tachés de sang, les Ames souffrent dans la boue avec

les Corps,

A la Vie, cette Reine, on a ôté ses voiles et sa couronne, la

Mort profanée n'est plus qu'une ordure que l'on balaie à

peine.

Et pourtant, O mon Dieu! dans nos coeurs désolés vous

demeurez comme le cri de la Justice, comme le regret de la

douceur fraternelle, comme le goût même de l'Amour.

 

II

 

Puisque les peuples ne sont plus qu'un pauvre troupeau traqué

que l'on jette à l'abattoir,

Ne les arracherez-vous pas, mon Dieu, au pouvoir inepte des

gouvernements, aux mains sanglantes des Chefs et des Rois?

L'énigme du Monde pèse sur nos coeurs ainsi qu'un doute

envers votre bonté.

Mais peut-être commencerons-nous d'accepter et de

comprendre

Si, cherchant parmi tant de tyrans le seul roi véritable, nous

trouvons à son front le crachat des hommes, l'atroce

couronne, le sang du Supplice et la sueur de l'Agonie.